Les différents troubles causés par l’arrêt de la carrière des sportifs de haut niveau : Comment les accompagner ?
Conférence réalisée par François-Xavier Charmoille, le 22 novembre 2025, lors du 29ième congrès de l’IRBMS, Sports & Psychologie
Inspiré par Lise Anthoury Psychologue clinicienne à l’INSEP et des travaux de Yannick STEPHAN, Jean BILARD et Grégory NINOT et différents suivis réalisés auprès de cette population.
Au moment de la fin de sa carrière , le sportif de haut niveau rentre dans un nouveau monde : Il passe d’un statut d’être exceptionnel à un statut de citoyen ordinaire. Ceci entraîne des changements sociaux, professionnels, corporels et de style de vie. Il vit une réelle perte d’identité…
Je dis « Il » car je parle du sportif, je n’oublie jamais les sportives qui vivent les mêmes choses. Merci à vous lecteur, de féminiser à votre guise mes propos.
Beaucoup d’athlètes se définissent à partir de leur popularité et de la reconnaissance sociale dont ils font l’objet. Ceux-ci s’exposent à la perte de leur estime de soi sociale après l’arrêt de carrière (McPherson 1980) … Ce n’est donc pas nouveau et avec les médias et les réseaux sociaux… cette tendance s’est accentuée.
2 temps forts au moment de la petite mort…
1ier temps : Mouvances psychiques : Crise identitaire / Processus de deuil, vécus dépressifs. La notion de « NOWHERE LAND » est même évoquée (Kerr et Dacyshyn 2000).
2ième temps : La reconversion sera rendue possible et des investissements pourront émerger
Pour mieux accompagner les sportifs WIN4U a créé une méthode appelée AQA : ANTICIPER – QUESTIONNER – ACCOMPAGNER pour permettre d’aller vers un renouveau – une renaissance.
Lors de divers questionnements auprès de cette population, les mots qui reviennent le plus lors de l’arrêt de la carrière sont : VIDE, ISOLEMENT, RUPTURE, SANS BUT, PERDU => Certains parle même de CHAOS.
Selon Henry MALDINEY l’existence est constituée de moments critiques où elle est mise en demeure… de disparaître ou de renaître. La dimension de l’ETRE apparaît déjà.
Le sportif a le choix de SOMBRER ou de REVIVRE
L’arrêt de sa carrière peut provenir de différentes sources : une blessure, une non-sélection, un âge avancé pour performer dans sa pratique.
Les impacts sont multiples avec à la fois une crise identitaire, des troubles physiques, des perspectives financières différentes et une perte de son environnement où il existe, une perte complète de tout l’écosystème dans lequel il évolue.
Être un sportif de haut niveau est une identité dans le monde actuel à part entière. On crée son identité autour de son sport : identité propre mais aussi sociale. Tout est organisé en suivant LE calendrier sportif… jusqu’aux vacances…
Sait il qui il EST vraiment ?
SON IDENTITE :
L’identité existentielle du sportif ne passe que par sa pratique.
Sa vie psychique n’est régie que par sa vie physique… Le corps tout entier est investi dans le sport et sa pratique.
Et quand le corps qui porte son identité, en tant que sportif de haut niveau s’arrête…. que reste-t-il ?
Les « psys » parlent de DEUIL : La psychiatre et psychologue Elisabeth KUBLER ROSS décrit et met en évidence plusieurs stades nécessaires pour faire ce deuil :
1ière phase : LA DESCENTE : Le choc et la sidération, le déni, la colère, la peur et la dépression, la tristesse.
2ième phase : LA REMONTEE : Acceptation, pardon, quête de sens et du renouveau, sérénité et paix retrouvée.

Tout cela prend du temps et n’est pas toujours vécu dans cet ordre.
Certains s’en sortent plus vite que d’autres, certains adoptent des comportements compensatoires… Pour d’autres encore, cette transition peut entraîner une diminution temporaire du niveau initial d’estime de soi et de bien-être. Les transitions induisent des changements situationnels et externes, qui nécessitent des ajustements psychologiques internes.
L’environnement social ayant contribué à la construction psychosociale de l’individu est remis en question, ce qui engendre une baisse de l’estime de soi.
Retrouver du sens pour exister et vivre sans sa pratique sportive… et une des clés de sa remontée. En sachant que comme l’esprit, le corps va bouger, changer, se transformer…
SON CORPS
L’image de soi et de son corps change. Son corps se modifie. En plus, il ressent un manque.
Comme vous le savez, le sport agit sur le corps comme une drogue avec notamment des sécrétions importantes d’endorphine.
Quand le corps parle : Qui dit « stop à sa pratique » dit « Crée un manque »… c’est alors le corps qui n’a plus sa dose, et avec l’arrêt de sa pratique cela engendre une privation. Et qui dit privation, dit nécessité de sevrage….
Certains compensent ce manque par des comportements addictifs comme la drogue, l’alcool, le jeu, le sexe pour retrouver des sensations et la sécrétion d’hormones qu’ils avaient lors de leurs pratiques.
D’autres exprimeront un besoin d’évasion… de fuite ; « partir » pour se découvrir.
Ce corps machine, utilisé pendant toute une carrière, qui est sous contrôle, maîtrisé, au cœur de l’action, qui est poussé à l’extrême pendant des années, est en pleine mutation. Ce corps est aussi pulsionnel et vivant d’émotions de façon exacerbées, hors normes… Alors comment le maîtriser, le contrôler ?
Et quand le sportif arrête sa pratique du haut niveau, comment va-t-il vivre sans ces doses d’émotions fortes ?
Des décalages se produisent avec notamment des transformations corporelles : prise de poids, perte de masse musculaire, manifestations somatiques et dégradation des compétences physiques entraînant alors des répercutions sur le soi physique et l’estime globale de soi.
Alors que faire de son corps ? Comment le faire s’exprimer maintenant que la pratique de haut niveau s’arrête ?
- Une solution est : se dépenser avec une pratique moins intensive. On parle de sport loisir. Mais est-ce que le sportif est prêt à accepter cela, de cette façon-là ? Est-il préparé ?
L’arrêt c’est la mise en demeure de son être par la mise en retraite de son corps.
C’est aller chercher un AUTREMENT. Seul en est-il capable ?
Professionnels de l’accompagnement, spécialistes, médecins, kiné, sophrologue etc. , c’est à nous de faire émerger et mettre des mots sur les émotions du sportif de haut niveau. Ensemble, partir avec lui et chercher en lui ce qu’il ressent, non plus avec son corps, non pas avec sa tête… mais avec son ETRE, son cœur. Lui permettre de découvrir QUI il est. Quelles sont ses envies nouvelles ? Travailler sur sa perception du haut niveau, sur ses représentations, ses croyances afin qu’il comprenne ce qui résonne en lui.
Lui permettre de trouver le meilleur accomplissement de SOI possible, non plus en tant que sportif mais en tant qu’individu.
Prendre le temps et trouver des espaces de parole, de rencontre au travers desquels il pourra rétablir des bases suffisamment solides pour trouver d’autres manières d’exister.
L’accompagner pour que l’athlète se rendre compte que le sport de haut niveau lui aura apporté des ressources, des compétences et qu’il pourra maintenant mobiliser dans son futur métier.
Le mot d’ordre est le A de la méthode AQA : ANTICIPONS, faisons de la prévention, en questionnant le sportif lors des bilans, des soins, des rencontres. Parlons avec lui du double projet, de son environnement familial et social, de ses projets post-carrière pour lui permettre de construire ou d’élaborer un socle solide pour son avenir. De favoriser un continuum temporel avant que la fin n’arrive et favoriser ainsi son adaptation dans sa nouvelle posture, dans sa nouvelle situation.
Permettre donc au sportif de devenir acteur de son projet, de son changement et ne pas le subir.
Permettre d’inscrire dans la vie du sportif cette réalité dans un processus transitionnel, qui est lui-même inscrit dans une temporalité particulière, en expliquant les phases évoquées précédemment et la nécessité entre autres de vivre ce processus de deuil.
Avec l’athlète, définissons ses nouveaux objectifs. Avec la préparation de l’après carrière sportive, cela lui permet d’enrichir sa perception de contrôle, et facilite son adaptation à un nouveau statut et l’acquisition de nouvelles compétences professionnelles. Du coup, cela lui permet de maintenir un niveau élevé de bien-être. Ainsi avec cette posture, il enrichit son sentiment d’efficacité personnelle, son sentiment d’utilité et s’adapte plus rapidement à la vie post sportive.
Accompagnons-le vers la recherche du sentiment de compétence… Car en effet, dans cette transition nous avons un athlète qui sait parfaitement FAIRE, il a ses performances, ses résultats, ses palmarès pour le prouver. Est-il capable d’identifier son ETRE profond, savoir qui il est au fond en dehors de sa pratique ? Ensemble avec différents outils entre autres le DISC (outil comportemental), partons développer un sentiment professionnel de compétences car il ne sait pas toujours ce qu’il est capable d’apporter dans un autre environnement. En l’accompagnant nous limitons la perte de confiance en soi.
Accompagnons-le également sur le processus de reconstruction et d’adaptation de l’image du corps. En effet, il réside dans la capacité des anciens athlètes à réévaluer et redéfinir leur idéal corporel afin de réduire l’écart avec l’image du corps actuelle et celle qu’il a construite durant toute sa carrière.
Enfin, accompagnons-le à accepter la nouvelle réalité d’un nouveau style de vie, moins excitant, moins euphorisant que celui caractérisant la carrière sportive et établissons avec lui un équilibre entre une pratique sportive de loisir et un investissement professionnel.
Pour conclure : 3 paliers successifs déterminent l’adaptation au retrait du sportif de haut niveau :
- La raison du retrait : volontaire vs involontaire
- L’adaptation à ces changements socioprofessionnels et physiques
- Le développement et la composition des ressources chez les sujets pour faire face à ces changements
Le mot d’ordre est Anticipation avec des méthodologies appropriées.
Lui permettre d’ETRE qui il est vraiment, d’AVOIR avec ces ressources de nouvelles perspectives, et de FAIRE ce qui est juste pour lui dans sa nouvelle vie.
Utilisons l’alliance thérapeutique pour rentrer avec lui-elle dans son intime et partir en toute sécurité à la rencontre de son ETRE.
Prenons soin de la santé mentale du sportif de haut niveau, durant et après sa carrière.
François-Xavier Charmoille.
